vendredi 6 février 2009

Le système scolaire

Parmi les choses les plus difficiles à bouger dans la société, il y a le système scolaire ! Evidement, les étudiants n'ont aucune notion de rentabilité économique et sont en général heureux de faire des manifestations, blocus et autres mouvements de grève afin de ne pas aller en cours ... et bloquent toutes les réformes entamées afin de rajeunir un système vieillissant !
Contrairement à beaucoup de gens qui ne font que contester et n'apportent en général aucune idée meilleure que celle qu'ils contestent, je vais pointer du doigt certains des problèmes et je vais donner des pistes afin de les régler. Je ne suis évidement pas devin et n'estime pas avoir le savoir absolu, ce ne sont que des pistes qui, à mon avis, méritent d'être explorées ...


La première matière à passer sur le billard serait le français : il s'agit de la base de la communication, et si on ne parle pas tous le même langage on ne peut pas se comprendre. Réformer les autres matières sans s'attaquer au langage commun à utiliser serait inutile puisqu'on finirait par ne plus se comprendre !
"Adjectifs épithètes ... prise de tête !" Je me souviens qu'en primaire j'étais forcé d'apprendre ce qu'étaient les adjectifs qualificatifs et épithètes, les compléments d'objets directs et indirects ... 15 ans plus tard, je n'ai toujours pas compris ce que c'était ni à quoi ça servait, et pourtant j'ai l'impression d'avoir un français tout à fait correct ! J'ai toujours eu de très mauvaises notes quand il fallait faire les exercices idiots où on me demandait de souligner de telle couleur les adjectifs épithètes, de telle couleur les verbes, ... et pourtant, à l'heure actuelle, je n'ai trouvé personne qui se soit plaint du fait que mes phrases soient mal construites ! J'écris beaucoup car j'adore ça, j'ai écrit des milliers de pages sans pour autant avoir compris ce qu'étaient ces fameux compléments d'objets ...

Après le primaire est venu le collège, puis le lycée. Une chose m'a (très) fortement marqué dans les cours de français enseignés au lycée : les genres littéraires ! Pour le bac de français on nous force à devoir apprendre tous les genres littéraires (comique, didactique, dramatique, épique, épistolaire, ...) par coeur, et à devoir reconnaître le genre des livres ... à quoi ca sert ? Quand on lit un livre, on le lit et on l'apprécie pour ce qu'il est ! On se fout royalement de savoir si le passage qu'on est en train de lire est épistolaire ou oratoire !
Toujours au niveau de la lecture de livres, je me demande pourquoi on force les élèves à lire des livres dans des listes de lectures souvent complètement inadaptées ? En les forçant à lire des livres qui ne les intéressent absolument pas tel du Jean Paul Sartre, on ne risque pas de leur faire aimer la lecture ... sans compter que peu de monde comprend seul, à cet âge, la portée philosophique de telles lectures ! On m'a forcé à lire Candide de Voltaire, j'ai lu Candide ... l'histoire d'un jeune homme qui traverse le monde et voit la réalité de la vie en face : les guerres, les pendaisons, ... c'est un livre comme il y en a des milliards quand on est forcé de le lire ! Finalement, en le décortiquant en cours, j'ai découvert que c'était une magnifique critique de la société de l'époque, chose que je n'avais pas remarquée car j'ai lu le livre "par obligation" et suis donc allé au plus vite ! Candide est un véritable chef d'oeuvre philosophique, mais quand on est forcé de le lire, on ne perçoit pas tout ceci car on lit "comme un âne". Je me demande combien j'ai lu de livre ainsi ...


La deuxième matière à réformer serait les mathématiques, matière que j'adore vraiment mais qui ne corresponds plus à son but d'origine ! Les mathématiques étaient une de mes matières préférées : j'aurais été le premier à crier au scandale si on me les avait enlevées. Plusieurs années plus tard je me demande encore à quoi ca peut servir ! Pour passer mon bac Scientifique avec la spécialité Mathématiques, j'ai appris à dériver des intégrales, à effectuer des opérations avec des nombres irréels (des nombres présents dans l'ensemble des complexes), à faire de la géométrie dans l'espace, ... mais n'en ai jamais trouvé d'utilisation par la suite ! 5 ans plus tard, je suis incapable de résoudre une équation différentielle, alors que ça me semblait si simple ...
D'accord, j'avoue que par la suite je n'ai pas poursuivi mes études dans l'enseignement ultra spécialisé où ça aurait pu me servir, mais quel est le pourcentage de la population qui nécessite ces connaissances ? 1%, 2%, 5% ? Les mathématiques sont obligatoires dans la vie, mais leur but premier est de pouvoir compter ce qu'on possède : "je possède 3 vaches et un cochon", "j'ai 5 cochons, si j'en mange 1 et que j'en vends 1, combien m'en reste-t-il ?" ... voilà le vrai but des mathématiques ! Alors pourquoi n'a-t-on pas des cours de gestion de budget à la place ? Ca rendrait service à beaucoup plus de monde que de dériver des intégrales, ça éviterait certainement à certaines personnes de rentrer dans le piège du surendettement, sans parler du fait que ça serait plus motivant pour les élèves et que par conséquent ils seraient moins souvent en position d'échec scolaire dans cette matière ... Pour appuyer cette théorie, vous noterez que tous les élèves sans exception savent calculer une moyenne (même pondérée) tout simplement car ça leur est utile pour leurs bulletins scolaires ...

Ensuite, je pense que le but de certaines opérations devrait être mieux expliquées : à quoi sert le fameux théorème de Pythagore ? D'accord, la longueur de la diagonale d'un triangle rectangle est équivalente à la racine carrée de la somme des carrés des 2 autres côtés, mais à quoi ça sert en dehors d'avoir une bonne note à l'examen ? L'autre jour, un de mes collègues de travail racontait qu'il avait eu un souci lors du déménagement d'une armoire : il avait calculé que cette armoire rentrait tout juste en hauteur dans la pièce ... mais il avait oublié que pour la redresser après avoir franchi la porte, il fallait quelques centimètres supplémentaires. Mais combien ? Il aurait eu une parfaite opportunité de se servir de ce fameux théorème de Pythagore si son professeur de mathématiques lui avait expliqué qu'une armoire est composé de 2 triangles rectangles, et que savoir calculer la longueur de la diagonale de son armoire aurait pu lui permettre de calculer la hauteur sous plafond nécessaire pour redresser l'armoire. Le programme scolaire nous demande juste de savoir calculer des valeurs pour avoir de bonnes notes, il ne nous apprend pas l'utilité de ce qu'on calcule !


Ensuite, je m'attaquerai aux cours de biologie ! Au début du collège, on nous force à apprendre par coeur les types de roches (granite, balsamique, ...) et leurs propriétés. On nous force à apprendre la formation des différentes couches de sédiment et la tectonique des plaques. C'est bien, mais à quoi ça sert de connaitre les propriétés des roches (densité, couleur, aspect, ...) ? Pourquoi ne nous explique-t-on pas leurs rôles dans la vie : quels matériaux utiliser pour un toit afin que la pluie ne passe pas à travers, quels matériaux se dilatent en fonction de la chaleur, quelles pierres utiliser pour construire une maison ... Apprendre les propriétés des matériaux est une chance extraordinaire, mais à condition de savoir ensuite comment réutiliser ces matériaux : pourquoi le manche d'une casserole n'est pas en métal ? Non, le programme de biologie nous force seulement à apprendre par coeur ces matériaux et ne nous explique rien de plus ...
Ensuite viennent les cours sur la sexualité et les chromosomes : sur ceux là je ne dis rien car à mon avis ils participent grandement au contrôle des naissances ... Je ferai juste remarquer que passer la vidéo d'un accouchement est inutile : certes en 1700 les filles accouchaient à l'âge qui correspond à la fin du collège et cette vidéo les auraient intéressées, mais de nos jours la vidéo d'un accouchement est loin d'intéresser des adolescents de 15 ans ...

Enfin, au lycée, on poursuit sur la lancée des chromosomes et on rentre dans l'ADN et toutes ses magnifiques composantes. Mais à quoi ça nous sert ça ? Je propose tout simplement que cette partie du programme soit remplacé par des cours de cuisine et de l'intérêt des aliments dans l'équilibre alimentaire ! On nous parle de plus en plus de l'obésité et du fait que les jeunes mangent n'importe quoi ... mais si on leur apprenait le rôle de l'alimentation, et qu'on leur apprenait certaines bases de la cuisine, ça leur serait beaucoup plus utile pour leur santé ... et pour les aider à prendre leur indépendance ! Par "cours de cuisine", j'entends les bases : il est hors de question de leur apprendre à faire cuire un lapin aux girolles ou une cervelle de veau en salade de mesclun.


En dernier lieu, je m'attaquerai à la philosophie : cette matière largement incomprise par les élèves. Qui ne se souvient pas des cours de philosophie qu'il a eu en classe de terminale ? Oui, je parle bien de ces cours où presque tout le monde faisait autre chose et où ceux qui suivaient (comme moi) ne comprenaient absolument pas où ils allaient ni le but de ce cours. Par la suite, comme je l'ai expliqué dans la partie consacré à Candide, j'ai compris que cette matière était placée afin d'ouvrir l'esprit des élèves et de leur permettre d'apprendre à penser par eux-mêmes. Pour ce qui concerne l'ouverture d'esprit, j'en suis un des plus grands défenseurs car je suis convaincu qu'une grande partie des problèmes de ce monde est lié au fait que les gens ne savent plus penser et ingurgitent directement les informations délivrées par la télévision. Ouvrir l'esprit des étudiants est une excellente idée, mais je trouve que la solution employée tient plus de l'ouvre boite mécanique qui découperait le crâne de l'élève, que de la solution consistant à attendre que l'huitre veuille bien s'ouvrir d'elle même lors de la marée ...
De plus, pourquoi noter une telle matière ? Je sais déjà ce que vont répondre certains individus : "s'ils ne sont pas notés, les élèves ne travaillent pas" ... donc si je comprends bien le raisonnement, on force les élèves à s'ouvrir le cerveau ... vous devez maintenant mieux comprendre mon allusion à l'ouvre boite mécanique ! Forcer quelqu'un à ouvrir son esprit est probablement la meilleure façon pour qu'il le referme. D'autre part, les sujets abordés me font rigoler : "l'homme est-il conscient de la mort ?" ... ben eu ... on ressort les phrases toutes faites par le professeur (pour ceux qui ont suivi le cours) en parlant de l'inconscient et du conscient, celles parlant de la mort ... mais la question on ne se l'était jamais posée, et elle ne nous intéresse pas ! Bien sur, je ne dis pas qu'il faut poser des questions idiotes telles que "L'arbitre aurait-t-il du siffler un penalty lors du match de foot ?", mais je pense que les questions posées pourraient être plus intéressantes. Elles forceraient réellement l'élève à se poser des questions !


Il y aurait encore fort à dire sur de nombreuses matières, mais commençons déjà par réformer les matières principales ! Je pourrai parler sans fin de la chimie où je n'ai toujours pas compris pourquoi on apprenait à équilibrer des formules chimiques ni pourquoi on devait savoir reconnaitre au sein des formules chimiques les molécules d'alcool et les molécules des composés carboniques ... Que penser des cours d'histoire où on nous force à retenir que Charles Martel à défait les sarrasins à Poitiers en l'an 732 et que Charlemagne a été couronné empereur le 25 décembre de l'an 800 ? La bataille de Marignan remportée par François 1er en 1515 à certes bousculé beaucoup de choses dans l'Histoire, mais a également apporté beaucoup de mauvaises notes aux élèves, génération après génération ...
Les cours d'histoire ont été les seuls cours que j'ai adoré depuis l'école primaire ... mais il faut être lucide : savoir les grandes lignes de ce qui s'est passé afin de ne pas reproduire les mêmes erreurs est essentiel à mon avis. Evaluer des gens sur leur capacité à retenir des dates et des noms de rois est stupide ! Savoir le rôle des molécules est important afin de ne pas provoquer d'explosion lors d'une fuite de gaz par exemple, mais devoir retenir par coeur la composition des différentes molécules de carbone est ridicule !


Réformons l'école de manière urgente : plus le temps passe, plus de gens en sortiront ... Plus de gens incapables de réfléchir en sortiront, moins il y aura de personnes capable de pointer les dysfonctionnements du système, et de faire bloc lorsque des choses ne vont vraiment pas ! Il est encore temps pour tout faire bouger, avant que tout le monde ne soit transformé en mouton de panurge.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Le point de vue sur le système scolaire qui est exposé ici est intéressant et relève d'une certaine conception de l'école. Après cette première phrase philosophique, je m'explique histoire que ce soit compréhensible. Tout ce qui est dit se rattache à l'idée selon laquelle le système scolaire est censé donner aux élèves un savoir pratique, leur apprendre ce qu'ils devront savoir pour leur vie de tous les jours.

L'école ne se limite pas à ça, non seulement elle doit donner aux élèves la possibilité, à partir du lycée, d'entrevoir ce à quoi peuvent ressembler les études post bac dans certaines matières voire de se tester dans ces matières afin de ne pas plonger aveuglément vers certaines formations. Mais l'école doit aussi permettre une ouverture d'esprit, ces choses "inutiles" qui sont décrites ont permis de comprendre d'autres choses de façon inconscientes, l'accumulation de connaissances dites abstraites permettent des comparaisons avec des situations de la vraie vie. Exemple : la génétique et l'évolution me permettent aujourd'hui de comprendre les algorithmes génétiques sur lesquels je travaille ; les maths à haut niveau que j'ai faites en prépa m'aident à voir clairement les mécanismes de l'économie au niveau mondial ; les cours de bio en général m'aident à préparer mon entrainement cycliste de manière cohérente et de comprendre ce qui m'arrive en cas de défaillance ou de grande forme ou ... et je pourrais citer des foules d'autres exemples.

Pour le français du primaire, les structures de phrases paraissent évidentes aujourd'hui à la plupart des adultes qui ont oublié la manière dont ils appréhendaient des mêmes phrases à l'âge de 10 ans. Ces mêmes connaissances aident à l'apprentissage de langues étrangères. La philosophie et la littératures sont des matières auxquelles on ne peut pas tout comprendre au collège et au lycée mais ouvrent l'esprit de ceux qui pourraient y revenir plus tard (ce qui m'arrive en ce moment où je m'intéresse de plus en plus à ces matières que je trouvais inutiles et stupide quand j'étais lycéen).

Pareil pour les mathématiques qui m'ont servi notamment pour tout ce qui est de la logique scientifique. Logique qui forme l'esprit de celui qui s'y colle encore une fois sans nécessairement s'y rendre compte. Ce type de raisonnements logiques que l'on a exploré en mathématiques au lycée permet notamment de mieux comprendre tout ce qui est informatique (sans dire que quelqu'un de mauvais en maths n'y comprendra rien, il aura juste plus de mal).

Bref, dans toutes mes matières, on éduque les esprits, tout en transmettant des connaissance plus pratiques et utiles à plus court terme.

Enfin, pour ce qui est des grèves, c'est vrai que le mammouth est lourd à bouger mais il reste possible de le faire, surtout maintenant que les enseignants sont de plus en plus d'accord pour dire que le système est à réformer. Les grèves successives sont juste la conséquence d'un certain mépris des politiques de tous bord pour les personnels de l'éducation nationale (particulièrement visible en ce moment). Les arguments avancés noircissant le tableau (pour l'éducation nationale c'est un comble, petite blague en passant), et le ministre lui même admettant en privé que ses réformes ne servent qu'à réduire les dépenses.

Le système chinois est un système se bornant à ne donner à ses élèves que des savoirs utiles. Les enseignants qui partent enseigner là bas, de même que les entrepreneurs se plaignent d'avoir ne face d'eux des robots incapables de raisonner de manière originale. De bons robots certes, qui connaissent tout ce qui a déjà été fait mais des robots quand même.

Les profs ont une tâche très compliquée de transmettre un savoir de manière intelligente, certains se plantent en beauté, le système est à revoir, mais petit à petit afin d'avoir le temps d'évaluer ce qu'on modifie pour voir si on va dans le bon sens. Et toujours en concertation avec les personnes concernées. (Cette dernière phrase est horrible, on dirait un homme politique, rassurez vous, je ne suis que cycliste).

laurent a dit…

Bonjour Florent,

J'apprécie beaucoup ton blog, très bien fait.. pour commencer. Cependant je ne partage pas du tout ton avis sur ..les maths par exemple. Il faut dire que je suis prof de maths. Pour autant, je me bats tous les jours pour donner des exemples où les maths sont utiles, nécessaires, indispensables. Tu parles d'équations différentielles..les maths modélisent tousles mouvements de la mécanique classique y compris ceux qui fabriquent sans doute ton vélo, ses roues etc..
Sinon pour ne citer que les flux sanguins qui traversent nos organes qui sont modélisés par des équations différentielles dont les solutions sont des primitives qui se transforment ensuite en intégrales pour doseer les médicaments, les anésthésies, les dosages des trithérapies etc... ce qui n'est pas du négligeable à mon goût. Mais c'est comme en vélo. Avent de faire la marmotte, il faut s'entraîner, faire des gammes, y compris sur ton home-traîner. C'est sûr et je confirme, on appred plus vite à pédaler qu'à résoudre une équation différentielle, surtout quand elle n'est pas linéaire et du premier ordre, d'ailleurs elles ne sont pas toutes solubles, contrairement aux cachets d'upsa que tu prends quand tu n'arrive pas à la résoudre et je prends plus de plaisir à pédaler qu'à résoudre les équations différentielle. Mais je ne voudrais pas développer et multiplier les exempless compliqués.

En revanche, simplement, moi qui suis un adepte de l'entrainement et la compétition de vélo ( à mon niveau )et qi ait fait la marmotte cette année, je me suis posé la question en connaissant ma puissance développée en moyenne sur plusieurs cols,( environ 300 w sur les 78 km de col pour 70kg)grâce au logiciel de sport et vie sur la puissance et connaissant le % rencontré souvent, 11% dans l'Alpes, quel développement puis-je et dois-je emmener sachant que il faut au moins tourner les jambes 70 à 80 tours par minutes. Toi qui t'intéresse au vélo, tu ne devrais pas être insensible à ce problème, bien réel et passionnant, mais qui demande une certaine aisance dans les maths.

Si ça t'intéresse, on peut même en rediscuter. On se croisera peut-être aussi bientôt à la scott. Pour ce qui est du système scolaire français, beaucoup de choses ne vont pas, là tu as raison !

Sportivement Laurent Champey