N'étant pas juriste et n'ayant pas lu le projet de loi en entier, je ne vais pas vous proposer un énième article critique destiné à vous dire "vive cette loi, elle va enfin mettre fin au piratage" ni venir pleurer en disant "je vais plus pouvoir regarder les films gratuitement". Si vous voulez des analyses dans ce sens, passez votre chemin et faites une recherche via Google : vous trouverez des milliards d'articles détaillant le texte de loi.
L'idée d'écrire cet article est née mardi midi (15/09) pendant que je lisais l'actualité numérique du jour et que je découvrais avec stupeur un article très sérieux relayant les chiffres des ventes de musique en France. Voici l'extrait qui m'a fait bondir sur ma chaise "Côté chiffres, on apprend que la vente de musique en France (CD ou par Internet) a reculé de 17,8 % au premier semestre par rapport à la même période en 2008. Selon Christophe Lameignère, président du Snep (Syndicat national de l'édition phonographique), « les atermoiements de la loi Hadopi ont donné un regain de vivacité à nos amis les pirates. »". Je m'attaque ouvertement au président du SNEP pour ses propos : affirmer que la baisse de 17,8% des ventes est liée au piratage est absolument imbécile ! Le président de Renault n'accuse pas les internautes de pirater les voitures pour justifier une baisse des ventes par rapport à l'année dernière : il invoque avec raison une crise économique !
Quitte à m'attaquer à ce personnage, autant le faire à fond : il parle des pirates comme étant ses amis ... bien sur qu'ils sont ses amis ! Les fameux pirates sont les amis de l'industrie du disque car ça permet à l'ensemble des acteurs du marché de justifier la baisse de leurs ventes ... au lieu d'avoir à remettre en cause leur (in)capacité à s'adapter aux nouvelles technologies, et à la nouvelle demande des consommateurs.
1 - définition du mot "pirate"
Voici la définition trouvée dans le très sérieux dictionnaire Larousse :
pirate, nom masculin (latin pirata, du grec peiratês)
- Aventurier qui courait les mers pour se livrer au brigandage, attaquant les navires de commerce.
- Personne qui commet un acte de piraterie.
- Littéraire. Personne qui pille, s'enrichit des dépouilles d'autrui
- Personne qui pille les ouvrages des autres en copiant ou en démarquant.
- En apposition avec ou sans trait d'union, indique qu'une activité se déroule dans la clandestinité, en dehors de la légalité, qu'un produit est ainsi obtenu : Radio-pirate, Édition pirate.
- Informatique. Personne qui contourne à des fins malveillantes ou même détruit les protections d'un logiciel, d'un ordinateur ou d'un réseau informatique.
La seule définition qui pourrait correspondre serait la 2ème : "Personne qui pille les ouvrages des autres en copiant" ... mais la notion de pillage implique la revente dans le but de faire des bénéfices, ce qui n'est pas le but de 99% des "pirates" numériques ...
L'utilisation du terme "pirate" est donc, selon moi, abusive et montre un irrespect de la langue française ! On peut parler de voleur, de chapardeur, de barboteur, de copieur, de fraudeur, de plagiaire, ... (la langue française est très vaste sur ce sujet) ... mais pas de pirate !
2 - le nouveau marché
Le marché via internet est un marché tout à fait légal : pour travailler dans une société spécialisée en e-commerce (à la fois création de sites marchands et exploitation de ces sites marchands), je suis parfaitement placé pour analyser cette nouvelle demande des consommateurs.
Tous les grands groupes, quel que soit leur secteur d'activité, ont su prendre le virage du numérique afin de s'adapter à la nouvelle donne du marché :
- Auchan (auchan.fr, auchan-direct, auchan-drive, voyage-auchan), Casino (C-discount), Carrefour (carrefour.fr, carrefour-online, ooshop), ... pour la grande distribution
- Fnac (fnac.com, Fnac-spectacle, Fnac-live), Decitre (decitre.fr), ... pour la culture et la billetterie
- SNCF (voyages-sncf), Easy-Jet, FRAM, LastMinute, Club-Med, ... pour le tourisme et les voyages
Tous ces groupes (et je ne parle pas des milliers de petites sociétés) se sont adaptés à un nouveau mode de consommation où les clients cherchent :
- à acheter sans se déplacer et sans perdre de temps à la caisse (très important)
- à acheter à l'heure qu'ils veulent (les dimanches et la nuit les magasins en ligne sont ouverts !)
- à pouvoir comparer les prix (et les modèles d'un produit) entre les différentes enseignes
3 - la particularité de la musique
Le problème de la vente de musique est très particulier : l'offre légale en ligne répond parfaitement aux 3 exigences citées ci-dessus ... mais reste floue en raison des différents formats qui existent.
a - soit on achète un CD physique, auquel cas en raison des restrictions il y a de fortes chances qu'il ne puisse pas être lu sur votre ordinateur. J'en ai fait l'expérience personnellement après l'achat d'un CD sur le site de la FNAC : dès que je l'insère dans mon lecteur CD il m'affiche un message "Ce CD ne peut pas être lu car il ne s'agit pas d'un CD original" ... il fonctionne sur une chaine Hi-Fi, mais pas dans l'autoradio d'une voiture récente !
b - soit on achète une version numérique, soumise à de nombreuses restrictions de type "on ne peut le graver que 2 fois sur CD et le transférer que 5 fois sur un baladeur numérique". Ces restrictions mises en place à l'origine du service il y a 5 ou 6 ans, ont presque toutes disparues mais sont encore très ancrées dans l'inconscient des gens ...
c - afin de pouvoir être lus par n'importe quel logiciel et sur n'importe-quel type de baladeurs, le CD tout comme le fichier numérique doit être encodé en MP3, ce qui prends du temps et nécessite de (petites) connaissances
4 - Pourquoi le "piratage" a encore de beaux jours devant lui
A mon avis, et bien que n'étant pas concerné par le problème (lisez mes précédents articles : je parle régulièrement de mes achats de DVD), je suis sûr et certain que le téléchargement illégal a encore de beaux jours devant lui :
a - il est bien plus FACILE de trouver des chansons "volées" que de passer commande en ligne sur un site officiel (qui nécessite la création d'un compte, la saisie des informations de la carte bleu, une acceptation du paiement par la banque) ... sans compter le gain de temps lié au fait que le fichier téléchargé illégalement est déjà au format MP3 et est donc utilisable n'importe-ou
b - quand on s'inscrit sur une boutique en ligne, on reçoit ensuite toutes les semaines un e-mail contenant "les achats à effectuer cette semaine", où les boutiques nous proposent souvent des morceaux musicaux qui ne nous intéressent pas ...
c - non seulement c'est plus facile, mais en plus c'est gratuit ! En temps de crise économique, cet aspect est intéressant mais est loin d'être primordial, contrairement à ce qu'affirment les éditeurs : mieux vaut acheter un fichier de bonne qualité que de télécharger gratuitement un fichier de mauvaise qualité.
d - un certain nombre de petits artistes ne sont pas commercialisés en France et sont donc introuvables de manière légale. Cherchez donc à obtenir de manière légale les albums du groupe de rock féminin "Velvet June" (un groupe allemand que j'adore) : c'est strictement impossible car il n'est pas connu en France ... ils sont en vente sur les boutiques allemandes, mais en raison d'accords commerciaux celles-ci refusent toutes les commandes ne provenant pas d'Allemagne ! Ce point est également minime je pense car il doit y avoir peu de personnes dans mon cas.
e - l'écoute des morceaux à changée : autrefois les tubes des Beatles, Queen, France Gall, Joe Dassin, Diana Ross, ... restaient en tête des classements très longtemps, et les ventes étaient concentrées sur peu d'albums. Désormais, l'offre est beaucoup plus large, ce qui fait que les "tubes" tombent très vite aux oubliettes et sont rapidement remplacés par un autre "tube" éphémère. Pourquoi acheter une musique qu'on aura oubliée 3 mois après ???
5 - conclusion
Je n'encourage pas la pratique du téléchargement illégal, mais souhaite signaler le fait que l'offre légale n'est pas adaptée au nouveau mode de consommation de musique. L'industrie phonographique n'a pas su prendre le virage du numérique et s'est tirée elle-même une balle dans le pied en inventant les fameux DRM (les restrictions dont je parlais plus haut) : ces DRM resteront très longtemps dans l'inconscient des gens ... les éditeurs auraient dû réfléchir sur "comment s'adapter à la demande" au lieu de vouloir à tout prix verrouiller le marché afin d'éviter les fuites.
Certes la politique actuelle s'est assouplie, certes l'offre légale est en (faible) développement, mais ces efforts ne sont pas assez rapides pour rattraper l'immense retard accumulé ces dernières années !
2 commentaires:
Salut,
Pour ta gouverne, lorsque tu écrit : "C'est l'actualité numérique "chaude" du moment : la loi Hadopi (la loi destinée à mettre fin au piratage) est de retour sur le devant de la scène au parlement et au sénat.", le parlement est composé de deux chambres : la chambre haute (l'Assemblée Nationale) et la Chambre basse (le Sénat). Il aurait donc mieux valut dire, la loi est de retour au Parlement ou bien la loi est de retour à l'assemblée nationale et au Sénat. Voilà, c'est un détail mais je suis sur que tu appréciera cette remarque, étant donné ta volonté d'écrire des articles le plus justement possible.
A+
Effectivement, c'est une erreur de ma part.
Je voulais bien parler de l'assemblée nationale et non du parlement. Désolé.
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