samedi 26 avril 2014

Liège-Bastogne-Liège Challenge : récit

Après avoir longé l'Escaut des dizaines de kilomètres et l'avoir traversé à maintes reprises, me voilà sur les rives de l'autre grand fleuve Belge : la Meuse. J'ai passé la nuit au centre de Liège, sur une île au milieu de la Meuse. Le réveil a sonné à 5h30 mais j'étais déjà réveillé à cause des hurlements de gens fortement alcoolisés, le lieu étant visiblement un point de passage obligé pour les personnes sortant de soirée (ou s'y rendant, le bruit a été le même de 21h à 1h du matin).

Le départ de l'hôtel, vers 6h15, s'est fait sur le vélo par une luminosité correcte et une température déjà douce. Avec Julien T, en compagnie de qui j'avais effectué le Tour des Flandres cyclo et qui dormait avec moi dans l'hôtel, on a rejoint la ligne de départ à vélo afin de retrouver d'autres français avec qui on devait effectuer le parcours. On les a attendu plus de 20 minutes au point de rendez-vous avant de partir quand même, en l'absence de réponse aux appels et aux SMS.

Les premiers kilomètres dans un Liège encore endormi (il était 7 heures du matin) ont été agréables. Les routes étaient généralement larges et sans la moindre circulation, des signaleurs aidaient au franchissement des carrefours et participaient à l'impression de sécurité qui régnait. La seule chose qui gênait, c'était les quelques arrêts obligatoires aux feux rouges, mais il n'y en a eu que 4 ou 5 pour sortir d'une des plus grandes villes de Belgique, ce qui est assez peu.


Après une dizaine de kilomètres, on est sorti de Liège via une montée roulante. Avec Julien, on se sentait bien donc on a sauté de groupe en groupe tout au long de la montée, effectuée à un rythme soutenu. Il faut dire que j'avais un repas de famille le soir, à 150 kilomètres de l'arrivée, sachant qu'il fallait que je me lave entre-temps. Le timing était donc serré, le temps perdu à attendre au départ devait être rattrapé !

La route entre Liège et Bastogne était loin d'être comme je l'imaginais. Il n'y avait qu'une seule montée de répertoriée sur les 120 kilomètres de liaison entre les 2 villes. N'ayant pas vraiment analysé le profil, je n'avais pas vu qu'en réalité il s'agissait d'une suite de montées et de descentes pas très pentues mais sans interruptions. On monte pendant 3 ou 4 kilomètres, on descend pendant 3 ou 4 kilomètres, et ainsi de suite. A Bastogne, j'avais déjà plus de 2000 mètres de dénivelé cumulé et ... mal aux jambes. J'ai roulé à un bon train en compagnie de Julien, on a sauté de groupes en groupes, chassant parfois seuls pendant quelques kilomètres avec des relais appuyés pour rentrer sur le groupe de devant.

Sous une belle luminosité, les paysages étaient superbes. Franchement, les Ardennes sont vraiment une belle région. En roulant, j'avais l'impression d'être dans les Monts du Matin (la zone entre les Monts du Lyonnais et le beaujolais) : j'y ai retrouvé de nombreuses prairies, quelques champs cultivés, des habitations clairsemées, des vaches, de belles églises, des bosquets, des montées pas trop pentues et assez régulières ... et des descentes où il faut pédaler.


Les 160 kilomètres de retour, entre Bastogne et Liège, étaient un peu différents. Alors que cette partie comporte 9 ascensions répertoriées, je l'ai trouvée moins difficile que la partie aller. Les montées sont plus raides, mais des morceaux de vallée permettent de récupérer entre les ascensions. Je suis convaincu que si le parcours était réalisé dans l'autre sens, il serait plus difficile (mais moins spectaculaire, j'en conviens). La difficulté de ces bosses vient de la fatigue accumulée avant de les aborder, et des forts pourcentages, mais c'est moins usant que la première partie.

La côte Saint Roch, à Houffalize, à ouvert le bal avec ses 20%. Je pensais avoir vaincu le pire; en fait je ne vivais qu'une entrée en matière. L’enchaînement des côtes de Wanne, Stockeu et de la Haute Levée est redoutable. Stockeu m'a d'abord cloué sur place : 39x23, dans une pente d'un kilomètre constament entre 10% et 20%, avec plus de 180 kilomètres dans les jambes, ça fait mal.

Un ravitaillement était situé au bas de la descente du Stockeu et au pied de la Haute Levée. J'ai profité de ce ravitaillement pour changer de roue, afin de passer d'une cassette de 12/23 à 12/28. Vu ce qui m'attendait ensuite, ce changement de roue était vraiment judicieux. La côte de la Haute Levée, empruntée directement après le ravitaillement, m'a mis mal à l'aise : la nourriture ne devait pas connaitre les théories de Newton sur la gravité, elle voulait plutôt remonter alors que la pente à 10% l'incitait plutôt à descendre. Par la suite, je n'ai plus été gêné.


L'accession au pied de la côte de La Redoute, l'une des plus célèbres de l'épreuve, a ensuite été assez longue. Il y a d'abord eu une longue approche du col du Rosier, puis une longue vallée entre le col du Rosier et le pied de la Redoute. Après plus de 230 kilomètres, elle fait mal. Ca grimpe sévèrement et les encouragements du public déjà en place pour le lendemain étaient les bienvenus. C'est dans cette ascension qu'on se rend vraiment compte de ce qu'on est en train de faire : les camping-cars étaient nombreux, il y avait des barrières et énormément de marquage "Phil" (pour Philippe Gilbert, qui a grandi au pied de cette côte). On sent vraiment qu'on est dans un jour spécial.

La côte des Forges s'est passée convenablement. Il faut dire que n'importe quelle côte qui serait située en la Redoute et la Roche aux Faucons doit paraître facile, tant ces 2 ascensions sont difficiles. La Roche aux Faucons arrivait après 260 kilomètres et plus de 4200 mètres de dénivelé. La fin y est terrible : on commence par une partie pentue, on tourne à gauche sur une pente plus douce, avant de tourner à droite sur une partie interminablement pentue. Plus on avance dans la pente, plus on pense se rapprocher du sommet, plus la route se cabre. On est content de retrouver une courte descente, et moins content d'enchaîner directement avec une montée de 2 kilomètres à "seulement" 5 ou 6%, montée non répertoriée évidemment car trop facile.


Jusqu'à présent on roulait sur des routes magnifiques, dans un superbe cadre, sur un goudron en excellent état (à croire qu'il est refait toutes les années sur la majeure partie du parcours), pratiquement sans circulation (à en oublier qu'on est sur des routes ouvertes à la circulation). Un peu avant la côte de Saint Nicolas, on passe dans des quartiers un peu sombres : on longe des usines dégradées et on passe dans des rues que j'éviterai d'emprunter seul la nuit. La côte de Saint Nicolas est raide, mais comme on sent que ça se termine on oublie la douleur.

La jonction vers la côte d'Ans, en haut de laquelle est jugée l'arrivée des pros, n'a pas été très agréable. On ne s'en rends pas compte en regardant sa télé car ça va très vite, mais cette section est rempli de petits pavés de ville qui alternent avec du mauvais goudron. C'est très urbain, et même s'il y avait peu de circulation, ce n'était pas spécialement agréable. La montée de Ans, pour laquelle j'ai toujours entendu les commentateurs TV dire "il ne s'agit pas vraiment d'une montée, mais plutôt d'un long faux plat montant", a été abordée après 280 kilomètres. Je crois que le prochain qui me parle de "faux plat montant" ira pourrir en enfer dans d’atroces souffrances. Il est vrai qu'un kilomètre à 6,8%, ça peut sembler ridicule en temps normal ... mais après tous les efforts fournis, c'est tout de même compliqué à aborder.

En haut de la côte de Ans, au lieu de tourner à gauche pour les 300 mètres menant à l'arrivée officielle, on a tourné à droite pour rejoindre la zone de départ. J'y ai récupéré la médaille de finisher et un beau pavé, la récompense promise à ceux qui ont effectué les 3 épreuves du Skoda Challenge (le Tour des Flandres cyclo, Paris-Roubaix Challenge et Liège-Bastogne-Liège Challenge). Je suis rentré à ma voiture avec plus de 280 kilomètres et près de 4600 mètres de dénivelé.

A l'heure actuelle, Liège-Bastogne-Liège est la plus belle et la plus difficile des épreuves d'un jour que j'ai faite. A titre comparatif, pour arriver à Bastogne (soit au bout de 120 kilomètres), il m'a fallu dépenser autant d'énergie que pour réaliser l'intégralité du parcours du Tour des Flandres. Mon capteur de puissance m'ayant lâché en cours de route, je n'ai malheureusement pas les données totales pour pouvoir comparer l'effort sur l'intégralité du parcours. Si je m'en réfère à mon expérience sur la Marmotte, je pense que le parcours de l'épreuve belge est plus difficile car on est toujours en prise : les montées sont trop courtes pour pouvoir se mettre à un train, les descentes sont trop courtes pour récupérer et les vallées nécessitent en permanence de pédaler. Sur la Marmotte, les longues descentes permettent de récupérer convenablement tandis que les montées sont effectuées à une allure constante, ce qui est moins coûteux en énergie.

Je pense refaire cette épreuve dans le futur, en m'y préparant un peu mieux. Le parcours est beau, les routes sont impeccables tout comme l'organisation. C'est une très belle épreuve sur laquelle j'aurai grand plaisir à revenir.

Consultez mes données.

4 commentaires:

  1. Bravo Florent pour ce très bon compte-rendu qui restitue bien l'ambiance et donne envie d'y aller ... ou d'y revenir. La comparaison avec des épreuves de haute-montagne est difficile car l'effort est différent mais je suis d'accord avec toi, LBL se classe de toutes les façons dans le haut du tableau
    Encore désolé pour le raté du rendez-vous au départ. Au plaisir de revoir à Bordeaux

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  2. Salut Pierre,

    Ce sont des choses qui arrivent, on a fini par se retrouver c'est le principal.

    Florent

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  3. Beau récit pour ma participation en 2017 cela me donne déjà un aperçu ! Merci

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