samedi 5 avril 2014

Ronde Van Vlaanderen cyclo : récit

Le réveil a sonné à 3h15 en ce matin de Tour des Flandres cyclo. Le temps d'avaler un petit déjeuner, dont le mot "petit" portait bien son nom car je n'avais pas très faim à cette heure où mon corps dort profondément habituellement, j'ai chargé la voiture et ai rejoint Oudenaarde. Les routes étaient désertes même à proximité de la ligne de départ. J'ai pu me garer à une centaine de mètres du QG de l'organisation, d'où partaient les navettes pour Bruges.

Le chargement des cyclistes dans les navettes a été long. Il y avait 12 bus, les cyclistes étaient libres de se placer dans le bus qu'ils souhaitaient. C'est bien car ça permet aux personnes en groupe de voyager ensemble, mais du coup ça fait des bouchons un peu partout pour remplir les bus, car la phase de chargement du vélo dans la remorque était assez longue. Entre le moment où je me suis présenté aux bus et le moment où je suis effectivement monté dans le bus, il s'est écoulé 40 minutes à attendre debout par 6° avec un petit vent.

Arrivé au centre sportif de Bruges vers 7h, j'ai retrouvé @GplrPapaiye et ses équipiers. Je l'ai rapidement perdu de vue dans la foule des 4500 cyclistes qui prenaient le départ de Bruges (sur les 16 000 participants tous parcours confondus). Je l'ai retrouvé sur la place centrale de Bruges, dont le célèbre beffroi m'a rappelé des souvenirs du film "Bons baisers de Bruges". La température était fraiche, 6 petits degrés avec un léger vent et sous un ciel gris.

La traversée de Bruges est pavée, comme un symbole d'une longue journée qui nous attend. Ce seront les pavés les plus accueillants du jour. Les 20 premiers kilomètres ont été marqués par des bouchons. Des centaines de cyclistes s'entassaient à chaque feu rouge puis s'étiraient lentement sur les étroites pistes cyclables jusqu'au carrefour suivant. La police était présente en nombre conséquent pour veiller à ce que chacun reste à sa place et respecte le code de la route : chaque feu rouge et rond point était gardé par des policiers à pieds, les motards tournaient pour chasser ceux qui s’entêtaient à rouler sur la route.

A la faveur d'un bouchon dans les premiers kilomètres, j'ai été rattrapé par la patrouille des éco-cyclos. Rassurez-vous, la tape sur l'épaule que j'ai reçue n'était pas la conséquence d'un jet de plastique "biodégradable en 2500 ans" mais un simple geste de sympathie de la part de têtes connues. J'ai ainsi passé toute la journée en compagnie de Julien, Laurent, Didier et Pierre. Rassurez-vous, même à 5 français, on a été largement noyé au sein des néerlandophones.

Les 120 kilomètres à plat avant le premier mont ont été régulièrement agrémentés de petits secteurs pavés. Entre deux sections pavées, on a roulé en file indienne sur les pistes cyclables dont l'état n'est parfois pas meilleur que les routes pavées. L'étroitesse et la mauvaise conception de ces pistes cyclables ont créé de petites chutes idiotes, mais dans le fond assez peu en proportion par rapport au nombre de cyclistes. Le vent n'étant pas très fort mais tout de même présent, d'innombrables cassures se sont produites et on sautait parfois d'un groupe à l'autre lorsque l'envie nous en prenait.

Les premiers monts et premiers secteurs pavés se sont très bien passés. A ce stade, connaitre le terrain par coeur était intéressant, j'ai su exactement où placer mes efforts pour aborder les points stratégiques en tête : par exemple je me suis mis en tête de groupe 50 mètres avant le virage marquant l'entrée du Molenberg, le mont le plus étroit et le moins bien pavé ... idem sur le secteur pavé de Paddestraat, grâce à mes 3 passages avant l'épreuve je savais à quels endroits les pavés étaient bons sur le côté et me permettaient de doubler, il me suffisait de produire mon effort au bon moment pour passer sans subir. C'était parfait.

Photo prise par Laurent L.

Après le 3ème ravitaillement, je me suis retrouvé dans un groupe qui ne roulait pas. J'ai eu un petit coup de mou dans une montée non référencée (que j’appellerai désormais le "chochonerieberg"), quand je me suis refait une santé je me suis retrouvé avec une cinquantaine de personnes dans ma roue mais pas un seul qui n'a pris un relais pendant 8 kilomètres. J'ai eu beau me retourner, lever le coude, m'écarter sur le côté ... personne ne passait. Par contre, quand le Boigneberg s'est présenté face à nous, les attaques ont jailli de tous les côtés. La majorité d'entre eux ne semblaient pas connaître ce mont car ils ont tous explosé dans la partie la plus dure ... en haut, j'ai accéléré pour faire la sélection avant l'Eikenberg, j'ai tout fait en tête à vive allure et cette fois personne ne m'a remonté.

Après le 4ème ravitaillement, où j'ai retrouvé mes compagnons de route, nous avons attaqué la boucle finale et ses monstres. Le Koppenberg était le premier d'entre-eux. Au plus dur de la pente, j'ai été obligé de mettre pied à terre car un bouchon s'est formé. Les cyclistes devant ont mis pied à terre, bloquant ainsi le passage à ceux qui venaient derrière ... j'étais bien pourtant. Dommage. On a enchaîné sur le Steenbeekdries et ses pavés interminables en montée comme en descente. La descente, justement, a été rocambolesque : j'avais une main sur le guidon qui sautillait de partout, et l'autre main sur le bidon qui (pour la première fois depuis le début de la campagne des classiques) remontait vers le haut.

Dans le Taaienberg et le Kaperij, j'ai senti qu'on avait passé le cap des 200 kilomètres. Les jambes commençaient à tirer et je commençais à peiner physiquement. Pourtant, en terme de lucidité, j'étais encore parfaitement conscient de tout ce qui m'entourait et ma mémoire fonctionnait à plein régime, je me souvenais de chaque trou dans le goudron, l'importante rainure (de la largeur d'une roue de vélo !) entre les plaques de goudron de la voie de droite de celles de la voie de gauche. Le genre de trucs qui peut provoquer une chute bête si on manque de vigilance. Idem dans le Kruisberg et le Karnemelbeek, même si la difficulté était moindre.

Le 5ème et dernier ravitaillement, avant le Oude Kwaremont, a été bien apprécié. C'était le dernier repos avant le bouquet final : Oude Kwaremont puis Paterberg. Grâce à mes 3 passages sur ces deux monts, j'ai pu gérer parfaitement mon effort et doubler quand il le fallait les personnes. Ca a été parfait sur le premier, en revanche sur le 2ème j'ai été obligé de mettre pied à terre à 50 mètres du sommet, dans la partie la plus difficile. Le coureur devant moi sur le côté gauche s'est écroulé dans les barrières et je n'ai pas pu passer sur le côté droit pour l'éviter. Dommage.

Notre petit groupe s'est reformé en haut de ce dernier mont, pour aborder ensemble les derniers kilomètres. Les 8 derniers kilomètres ont été couverts à très vive allure, à près de 38km/h de moyenne malgré plus de 240 kilomètres et 2000 mètres de dénivelé au compteur. On a doublé des groupes complets sans que personne ne s'accroche dans nos roues : Laurent, Pierre et Julien tenaient à se disputer un sprint final, j'ai suivi le mouvement sans pouvoir prendre de relais.


Je me suis relevé dans les 300 derniers mètres et ai levé les bras au ciel. J'ai savouré ces derniers mètres jusqu'à la ligne d'arrivée. J'ai fini en étant bien physiquement et n'ai jamais été à la rupture. J'ai géré mes efforts toute la journée afin de me faire plaisir du début à la fin. La seule ombre au tableau concerne mes genoux qui m'ont tiré dans les derniers monts puis en conduisant pour rentrer chez moi. Une belle classique s'ajoute à mon palmarès de participations.

Consultez le parcours.


Vous pouvez consulter ici l'ensemble des articles consacrés aux classiques flandriennes.

6 commentaires:

  1. Bravo pour être allé au bout. Ça a l'air d'être un peu la foire quand même avec cette obligation de rouler sur des pistes cyclables et de s'arrêter aux feux rouges, surtout en étant aussi nombreux...
    Quant à l'attitude de ceux qui ont refusé de te prendre un relais pendant 8 bornes, ça en dit long sur la mentalité de certain. Je crois que, à ta place, ça m'aurait tellement énervé que j'aurais freiné jusqu'à quasiment m'arrêter pour les obliger à passer.

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  2. Salut Florent,

    Bravo pour cette course. Au final, Est-ce que tu sais combien tu as finis ?

    Romain

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  3. @franck : j'étais la pour me faire plaisir, si personne ne passe au relais je roule à mon rythme et tant pis pour eux. Sur les 120 premiers kilomètres, j'étais toujours dans des groupes et je suis rarement passé devant car trop occupé à suivre la roue de celui devant-moi tout en discutant ... il y en a surement qui ont du rouler devant, se retourner et voir le groupe derrière eux mais personne qui passe. En tout cas, ça n'a pas gâché mon plaisir, j'ai fait mon truc comme je le voulais, c'est le principal.

    @romain : nous avions des puces de chronométrage, mais il n'y a pas de classement. Ces puces servent essentiellement à faire un suivi sur internet pour que la famille et les amis sachent ou on en est sur le parcours.

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  4. Bravo pour la performance. Mais j'ai le sentiment que tu ne tires pas la mêle satisfaction que de boucler une cyclo montagnarde difficile. Ton avis ?

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  5. Bonjour, est on chronométré sur certains monts comme sur le Paris Roubaix Challenge?
    Merci Simon

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    1. Non, il n'y a pas de section chronométrée sur cette épreuve.

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