jeudi 3 novembre 2016

Cyclocross : l'écart entre la télé et la réalité

[Cet article a été rédigé le 15 janvier 2016, au retour de ma campagne de cyclocross en Belgique. Il est resté dans mes brouillons et n'avait pas été publié. Les images d'illustration et le texte sont d'origine, les images étant tirées des épreuves auxquelles j'ai participé.]

J'ai profité de ces 10 jours de repos pour regarder l'enregistrement des 3 épreuves qui étaient télévisées. J'avoue que les images que j'ai découvertes m'ont semblé conformes à ce que j'avais l'habitude de voir quand je regardais ces courses à la télé, mais décalées par rapport à l'expérience que j'avais vécue.


J'ai été surpris de voir à quel point la télévision ne retransmet pas les difficultés techniques et mal les difficultés physiques. Les grosses bosses de 2m de haut ne semblent être qu'un petit monticule de terre. Les passerelles ne semblent pas très pentues alors qu'en regardant bien les images on remarque que les coureurs se mettent en danseuse pour les gravir tout en penchant leur buste vers l'avant ... ce qui témoigne habituellement d'une bonne dose de pente.


Techniquement, la télé ne rend pas vraiment compte des difficultés techniques. On ne distingue quasiment pas les fossés de Loenhout ... l'image ci-dessus permet de mieux se rendre compte de la profondeur et de la longueur du fossé. Et encore, sur cette image, ce n'est pas le plus profond : certains faisaient plus d'un mètre de profondeur !


Dans le même domaine, l'image étant cadrée sur le haut du coureur, on ne se rend pas bien compte de l'état du sol ... encore moins de la profondeur de la boue. Heureusement pour moi, celle-ci était plutôt rare grâce à un temps sec ... mais elle était bien présente sur certaines portions. Je crois quand même que c'est la partie la mieux transmise par la vidéo.


A noter également que les spectateurs étaient eux-aussi concernés par la boue. On comprend mieux pourquoi les bottes en caoutchouc chaussent 99% des pieds des personnes bordant le circuit.


La télévision ne retransmet pas forcément l'ambiance du bord du circuit. En découvrant les images, j'ai surtout entendu les voix des commentateurs et en arrière plan le bruit du public. Depuis le coeur du circuit, on entendu surtout le bruit des spectateurs, dont on a du mal à imaginer la densité : Diegem c'est 25 000 spectateurs (entrées payantes) pour 3450m de circuit. Si tout le circuit avait été accessible des deux côtés (ce qui n'était pas le cas), soit 6900m de disponibles, ça ferait 3,6 spectateurs par mètre et par côté. Impressionnant !


A Diegem, une section incroyablement technique était particulièrement mal retransmise à la télévision. Le long du stade, il fallait rouler dans une ornière de 35mm de large (sachant que les pneus en font 32), le guidon passant à quelques centimètres des barrières et des verres de bière des spectateurs, avec un dévers très marqué. Pour corser la chose déjà particulièrement ardue, le fond de l'ornière reposait sur des racines traitres et le passage des catégories précédentes (juniors, espoirs puis féminines) avait créé quelques zones de sortie de l'ornière particulièrement délicates. Seuls les 3 ou 4 premiers réussissaient à le passer sur le vélo, les autres bien qu'au meilleur niveau mondial n'y parvenaient pas. La télé montrant les premiers, ce passage le plus compliqué des 4 épreuves disputé n'était pas très bien transmis au téléspectateur.


Il y aurait quantité d'autres choses à raconter, que la télévision ne montrait pas et que seules des photos du bord du circuit peuvent laisser deviner. Comment imaginer l'effort pour grimper en haut des escaliers de l'épreuve de Baal (GP Sven Nys), escalier situé tout en haut du circuit, après avoir grimpé dans une prairie grasse et avoir passé une zone de sable juste au pied des escaliers ? Les muscles sont déjà tétanisés par l'effort pour grimper au point culminant du circuit, il faut alors sauter du vélo et grimper un escalier interminable. Ce genre d'information, la télévision ne le retransmet pas, pourtant ça explique beaucoup de choses dans la tactique de course des leaders.


La saison prochaine, lorsque je regarderai des épreuves derrière mon écran, je ne verrai plus du tout du même oeil les images. Pas seulement pour les épreuves que j'ai découvertes, mais pour l'ensemble d'entre-elles. Si tout semble si facile pour les meilleurs coureurs du monde, ce n'est pas que les circuits sont faciles mais bien parce qu'ils évoluent à un niveau physique et technique nettement au dessus du lot.

La majorité des photos sont issues du site cyclephotos.co.uk : Diegem, Loenhout et Baal, avec son aimable autorisation pour l'utilisation sur mon blog. En cliquant sur le nom des épreuves, vous pourrez découvrir la galerie complète des photos prises pendant chacune de ces épreuves.

2 commentaires:

  1. Je suis de temps en temps ces épreuves sur internet (uci channel ou epuipe 21) et je dois avouer que je trouvais celles-ci --à tort-- un peu "faciles" techniquement. Merci en tout cas pour cet éclairage, je les regarderai différemment désormais.

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  2. Bravo, en effet il faut aller voir les cyclocross pour se rendre compte des difficultés et c'est toujours à fond.
    Il faut être fort rapide adroit agile technicien et avoir un coeur énorme.

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