dimanche 15 avril 2018

Amstel Gold Race Cyclo


Ce samedi, j’ai participé à la version « toerist » de l’Amstel Gold Race. Le parcours recensait 17 ascensions dans le Sud-Limbourg, une étroite langue de terre néerlandaise coincé entre la Belgique et l’Allemagne.


Le réveil a été matinal. Le temps d’avaler le petit déjeuner, de charger la voiture et me voilà parti en direction du pays des tulipes. L’arrivée sur place a été compliquée : avec 15 000 participants, beaucoup venant comme moi par l’autoroute, la bretelle d’accès à Valkenburg était bouchée. Des signaleurs m’ont dirigé vers les parkings officiels, via un sens unique sur route étroite. A l’entrée d’un champ humide, un petit écriteau indiquait « Parking 5€ », ce que je n’avais pas anticipé. N’ayant pas de monnaie, l’organisation n’acceptant pas la carte bancaire et n’ayant pas la possibilité de faire demi-tour, je me suis embourbé pour traverser le champ et retrouver la route de l’autre côté. J’ai trouvé un hameau résidentiel, je m’y suis garé sans soucis à un emplacement autorisé, libre et gratuit. Ces bouchons et péripéties ont augmenté mon retard : je voulais me garer à 7h15 pour prendre le départ à 7h30, à 8h je n’étais pas encore garé.


J’ai rapidement sorti le vélo de la voiture, enfilé les chaussures puis le casque et ai rejoint la zone de récupération des dossards en suivant le flux de cyclistes. 15 000 personnes qui arrivent en même temps, on ne se sent pas seul ! Au bout de 500 mètres, je me suis rendu compte que j’avais oublié mes gants et que ma chaussure gauche ne clipsait pas dans la pédale. Deux jours plus tôt, je n’avais pourtant aucun souci.


J’ai retrouvé Arnaud, un ami lyonnais lui aussi inscrit à l’épreuve sur le grand parcours. On avait convenu de rouler ensemble, nos rudiments de langue néerlandaise ne permettant pas vraiment de faire la conversation avec les autochtones au cours des 10 heures de l’épreuve. J’ai récupéré ma plaque de cadre et mon dossard, puis nous nous sommes insérés dans la file de cyclistes marchant en direction de l’arche de départ. C’était impressionnant ce cordon humain continu, contenu entre deux barrières, marchant au pas.


Nous avons franchi la ligne de départ un peu avant 8h30, soit avec une heure de retard par rapport à ce que je souhaitais. On a directement pris un bon rythme pour tenter de prendre les roues du groupe devant, puis de celui encore devant, puis celui encore devant … on a sauté de groupe en groupe pendant deux heures, jusqu’au premier ravitaillement.



Au bout de 6 kilomètres, en haut du Geulhemmerberg, une bifurcation de parcours avait lieu. Il fallait tourner à droite pour prendre le grand parcours et à gauche pour les petits parcours. Je ne sais pas ce que mon cerveau a fait, mais il s’est mis à mélanger la droite et la gauche pendant 100 kilomètres. Pourtant, quelques minutes plus tôt, j’ai donné un cours de base à Arnaud afin qu’il puisse comprendre les instructions néerlandaises : « recht » pour droite, « links » pour gauche, « rond punt » pour rond-point, « tot recht » pour tout-droit, « Auto » quand une voiture arrive en face ». A chaque fois qu’il fallait tourner à droite je criais « Gauche » et à chaque bifurcation à gauche je criais « Droite ». J’ai fini par ne rien dire et à me contenter de lever le bras dans la bonne direction. Au bout de 100 kilomètres, c’est revenu à la normale et j’ai pu utiliser ma voix pour indiquer les changements de direction.


Rapidement sortis de la ville, nous nous sommes engagés dans la campagne nappée de brume. Une campagne nettement domestiquée, majoritairement composée de prairies dans laquelle broutaient de petits poneys. Dans les premières heures, nous avons vu plus de poneys que de n’importe quel autre animal.



Les routes étaient globalement désertes. Hormis le ruban de cyclistes devant et derrière nous, les routes étaient étonnamment calmes par rapport à un samedi matin en France. Très peu de voitures et peu de piétons. Autour du 40ème kilomètre, une fanfare de village nous a quand même sortis de notre torpeur matinale, finissant notre réveil auditif au son des trompettes, saxophones, tubas et autres instruments à cuivre. Une belle initiative qui fait toujours plaisir. Nous avons doublé les premiers participants grimpant les bosses à pied. S’ils étaient à pied dans des bosses non répertoriées au 40ème kilomètre, le reste de l’aventure a dû être une sacrée galère pour eux.


Autour du 60ème kilomètre, le premier ravitaillement m’a permis de changer de chaussures. Ma femme et ma belle-mère avaient prévu de me rejoindre sur chacun des 4 ravitaillements. J’avais eu la bonne idée de placer du matériel de rechange (chaine, patins de freins, chaussures, habits, …) et ma caisse à outils au cas-où. Quelle belle idée j’ai eu ! J’ai changé de chaussures et celles-ci clipsaient sans problème. Quel bonheur c’est que de pouvoir tirer sur ses pédales ! Pendant deux heures, dans chaque bosse et à chaque relance je devais faire attention car à chaque oubli ma jambe gauche remontait sans résistance et me déséquilibrait.


Après ce premier ravitaillement, nous avons repris notre route à deux et nos sauts de groupe en groupe. La brume recouvrait toujours la campagne environnante, laissant parfois percer un clocher d’église ou une belle demeure bourgeoise. On est passé au pied d’un moulin ayant encore de grandes ailes en bois, ce sera le seul de la journée. Don Quichotte a presque gagné la bataille ici !


Le deuxième ravitaillement est arrivé quelques kilomètres après l’ascension du Fromberg. Un mont qu’on aurait pu renommer « Specializedberg », tant la marque avait conquis l’espace avec de nombreux marquages au sol, de nombreuses oriflammes, de nombreuses banderoles publicitaires, un chapiteau avec une sonorisation bruyante, … impossible de ne pas remarquer leur présence. Au deuxième ravitaillement, la température augmentant et la brume se dissipant, j’ai retiré mon coupe-vent avant de repartir.


On s’est rapidement retrouvé isolés, sans personne devant ni derrière. Jusqu’à présent nous avions souvent avec nous des participants aux parcours plus courts, désormais nous étions sur une portion que nous seuls empruntions à cette heure. On a alterné les relais avec efficacité, rejoignant quelques autres cyclistes isolés mais comme nous étions plus rapides qu’eux nous poursuivions à chaque fois en duo. Un bon groupe d’une dizaine d’hommes a fini par nous rejoindre. Leur niveau était légèrement supérieur au nôtre, mais nous nous sommes accrochés dans les roues : ils me mettaient dans le dur dans les ascensions, mais sur les portions de transition je pouvais récupérer. Avec ces lièvres, nous avons pu avancer bien plus rapidement que ce que j’avais prévu.



Le troisième ravitaillement a été le bienvenu. D’une part pour pouvoir souffler, car le groupe me poussait à proximité de mes limites. D’autre part pour reprendre de l’énergie, mes poches se vidant aussi rapidement que les kilomètres. Ce ravitaillement était situé dans une prairie, salissant le vélo et les chaussures. Heureusement qu’il ne pleuvait pas, ça ne m’aurait pas fait rigoler. Le cap des 140 kilomètres étant passé, il nous restait encore 100 kilomètres à parcourir. Avec encore un paquet de bosses, un gros tiers seulement du dénivelé ayant été effectué.



Dans ces cent derniers kilomètres, les ascensions se sont multipliées et les périodes de transition se sont raréfiées. Une bosse à 13% nous a permis de passer en Belgique pour quelques kilomètres. Nous sommes passés au pays des frites le temps d’une descente, d’un virage à gauche puis d’une montée jusqu’à un tri-point frontière. Une borne symbolisant la jonction des frontières belge, néerlandaise et allemande nous permettait de changer de pays d’un simple pas chassé sur le côté. J’ai passé beaucoup de frontières dans ma vie mais je ne crois pas être souvent passé par des tri-point frontière. Le temps de consommer un gel et de chercher (sans succès) de l’eau pour me rincer les doigts, le gel ayant la bonne idée de me couler sur les doigts, nous repartions au pays des tulipes.



Le 4ème ravitaillement, autour du 190ème kilomètre, a été le bienvenu. Mes bidons étaient presque vides et les efforts se multipliaient. Mes forces diminuaient depuis un bon moment et le plus dur restait à venir. 6 monts recensés par l’organisation étaient encore à franchir, et pas les plus faciles. Peu avant le ravitaillement, Arnaud aura un problème technique mineur : un simple déraillement en changeant de plateau. J’ai tenté de le pousser quelques mètres pour qu’il repasse son plateau en roulant, mais la patte anti-déraillement coinçait la chaine. Mon cerveau était encore lucide puisque j’ai immédiatement songé à déposer un brevet de patte anti-déraillement possédant une ouverture type mousqueton d’escalade. Mais les perspectives économiques envisagées pendant les 50 derniers kilomètres ne m’incitent finalement pas à déposer de brevet.



Les six derniers monts se sont enchaînés rapidement, en deux blocs de trois ascensions. Par chance, nous avons pu effectuer la transition entre les deux blocs en compagnie d’un petit groupe de cyclistes qui appuyait fort sur les pédales. L’enchaînement des trois derniers monts a été difficile : d’abord le Fromberg (déjà franchi plus tôt au cours de la journée, dans laquelle nous nous sommes amusés à « faire la course »), puis le Keutenberg (une horreur d’une raideur surprenante) puis le fameux Cauberg. Dans le Keutenberg, 700m à 9,6% selon l’organisation, 700m à 20% selon mes jambes, les cyclistes zigzaguaient dans la pente. D’autres étaient allongés dans l’herbe en train d’étirer leurs mollets, surement victimes de crampes. J’en entendais hurler de douleur, leurs cris s’entendant de loin. J’ai géré l’ascension aussi souplement que j’ai pu, mais ai écrasé les pédales sans compter car je savais que la suite ne serait qu’une formalité.


Après la descente, le pied du Cauberg est arrivé. Le Cauberg n’est pas très difficile en soi, l’ascension prise seule se remarquerait à peine. Il y a certes un passage de 300 mètres à 11%, mais comme on sent l’écurie ça se passe plutôt bien. Voyant Clémence sur le pont marquant l’ancienne arrivée, j’ai levé le poing serré. « Je l’ai fait ! ». Au sommet, il reste un kilomètre et demi de faux-plat jusqu’à la ligne. Une simple formalité.



Nous avons été accueillis avec de la musique électronique à fond. Ambiance boite de nuit en début de soirée niveau musical, ambiance boite de nuit en fin de soirée niveau fatigue des personnes présentes. J’ai récupéré ma médaille, félicité Arnaud pour sa performance à lui aussi, puis j’ai rejoint ma voiture.


Je suis reparti avec un bon sentiment. J’ai eu l’impression d’avoir grimpé 1000 petites bosses. J’ai eu l’impression d’avoir emprunté dans les deux sens chaque petite route de la région, d’avoir tourné et retourné chaque mètre carré de goudron. Mais j’ai aussi découvert de beaux paysages, une épreuve parfaitement organisée, un parcours bien tracé et exigeant (mais loin d’être inaccessible). J’ai livré une très belle prestation physique, bouclant le parcours en moins de 9 heures alors que j’en prévoyais 10. J’ai pris du plaisir, tout s’est bien passé. Je ne le referai certainement pas demain, la fatigue étant trop importante, mais je reviendrai avec plaisir dans le futur.

Consultez mes données.

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